L'IA générative déplace le métier de product designer, elle ne le remplace pas
L’IA générative sait produire des écrans, des variantes, du texte d’interface, à une vitesse qui rend la production de maquettes presque gratuite. La conclusion facile serait que le métier de product designer se rétrécit. Je crois l’inverse. Quand produire devient bon marché, la valeur se déplace vers ce que l’IA ne fait pas à ta place : cadrer, arbitrer, juger.
Ce que l’IA rend bon marché
La partie visible : générer des interfaces plausibles, décliner, remplir. C’est réel, et c’est utile, ça raccourcit le trajet de l’idée à quelque chose qu’on peut regarder. Mais une maquette plausible n’est pas une bonne décision. Elle ne dit pas si on résout le bon problème.
Ce qui prend de la valeur
Trois choses, exactement celles sur lesquelles je fonde mon travail :
- Cadrer le bon problème. Une IA répond bien à la question qu’on lui pose ; elle ne choisit pas la question. Or l’essentiel des mauvaises features vient d’un mauvais cadrage, pas d’une mauvaise exécution.
- Arbitrer entre contraintes. Vision créative, contrainte technique, besoin utilisateur réel : l’arbitrage entre les trois reste un jugement humain, situé, informé par le métier.
- Juger face au réel. Mesurer, confronter à de vrais utilisateurs, savoir quand la meilleure décision est de ne rien refaire. L’IA n’a pas de peau dans le jeu.
Le risque réel
Le danger n’est pas que l’IA remplace les designers. C’est qu’elle rende si facile la production d’écrans plausibles qu’on saute l’étape du cadrage, qu’on livre vite quelque chose de correct plutôt que juste. Le métier, plus que jamais, consiste à ralentir au bon endroit.
En bref
- Produire devient bon marché ; décider ne l’est pas. La valeur se déplace vers le jugement.
- L’IA répond à la question, pas au choix de la question. Le cadrage reste humain.
- L’arbitrage entre contraintes est situé. Il demande une connaissance du métier que l’IA n’a pas.
- Le risque, c’est la vitesse. Livrer du plausible au lieu du juste.
